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Ambiance tranquille à Banlieues Bleues. À l’arrivée de Maher Beauroy et de son quartet Insula, on embarque immédiat, toucher chaleureux et sweet mélopées. Le pianiste se confronte tranquillement aux rythmes latins de la contrebasse et des percussions, la sobriété est reine et dirige les quatre musiciens. Sur l’autre rive du plateau, le oud joue les contrepoints mélodiques, discret, et pare Insula de son habillage sonore final. Carrément. Classe.

Yann Cléry et son solo project, c’est du gros son. Pas de débat. Sa flûte sous effets enrôle des paroles de pop star. On est loin du Monkey Business, parfaitement dans le showbizness. Au cœur de ces élans, le showman s’amuse à envoyer des basses techno sur des improvisations psychédéliques, en bricolant ses loops en live, en prenant au mot le seul plaisir de jouer.

Viennent ensuite Sélène Saint-Aimé et son flow vocal pétri d’Histoire et de récits fragiles. Elle dialogue avec le pupitre des vents colemaniens du septet. Une impression de souplesse molletonnée se dégage de la formation, les idées circulent, convulsent presque parfois. Des différentes pièces composées naissent des poèmes et des onomatopées-scat que la contrebassiste mêle, dans la pure tradition du gwo ka, aux deux percussionnistes en scène. C’est liminal mais tout à fait plein. Paradoxe deluxe.

La minimaliste, c’est Ann O’aro. Sa voix échange d’égal à égal avec le trombone, raffermit son verbe face aux percussions. Le créole verse tantôt dans la clameur, tantôt dans le chuchotement. Le ton est grave, dur mais sensible grâce à la chaleur du trombone. On comprend sans comprendre, lovés dans cet univers intimiste et solennel, attirés par le grain de voix et la force de la chanteuse. Son corps se meut tout entier dans chaque interprétation, à peine bousculé par le percussionniste.

Arnaud Dolmen et Leonardo Montana forment le LéNoDuo. Le piano-batterie-chœurs se suffit à lui-même, cette machine carbure. Sa technique est d’évidence impeccablement calibrée par les deux musiciens. Le jeu est lancé. Le duo se cherche, se trouve, se sépare et tout recommence. Inlassablement. On voit deux surfers infatigables qui choisissent leurs trajectoires, maîtrisent leurs mouvements, qu’importe la taille des vagues qui les reçoivent.

NOUT, c’est 50% Zappa, et 50% jazz-alternatif. Le trio assemble flûte à effets, harpe électrique et batterie rock et se balade entre atmosphères rock et improvisations psychés. Les trois musiciennes s’amusent à alterner les pastiches d’ambiances proprettes à la harpe et les saillies d’un groupe de rock garage, headbanging inclus. Les rythmes se compilent et s’échangent entre la harpe jouant les guitares façon Breeders et la batterie remuant sans cesse. Ce jeu d’échanges peut alors laisser la flûte improviser tous azimuts.

Virage à 180 degrés avec SUZANNE, trio plutôt versé dans le jazz de chambre. Du genre à venir titiller. Sage d’apparence, dissonant et grinçant d’essence. C’est parfait. Les parties écrites de l’instrumentarium, clarinettes-guitare-alto, auxquelles s’ajoutent les voix des trois musicien·ne·s alternent avec des improvisations partagées. Le rythme, c’est eux, à la fois dans les mélodies et leurs contrepoints. Ainsi autonome, Suzanne peut aller chercher sans souci ses inspirations dans le folk, le free et le contemporain.

Peut-on faire un trio sans bassiste ? La réponse est claire pour le CHARLEY ROSE TRIO. C’est un oui franc et massif. Massif comme le saxophoniste leader. Son trio, sax-piano- batterie, fait pourtant la part belle à des envolées subtiles. Ça foisonne en-dessous, côté rythmique, et Rose peut planer en toute quiétude au-dessus de la mêlée. Quelques ambiances plus cools se greffent en légèreté, plus loin, comme sur la ballade No Sé Como Te Llama où Rose se laisse aller joliment aux effets.

COCCOLITE, c’est une mixture qui a patiemment mijoté entre le jazz-funk et l’électro. La recette semble aussi simple qu’efficace. Un trio classique piano-basse-batterie auquel vient s’ajouter ce qu’il faut de machine. Tentant la greffe cyborg sur chaque instrument. Le tout se mélangeant sans peur aux rythmes de funk et de hip-hop, aux solos de synthé qui pourraient rappeler ceux de Snarky Puppy. Rappeler seulement, l’univers des jeux vidéo et les nappes pop ramènent le son du groupe à la base de son originalité.

Textes : Lucas Le Texier

Photos : Béaxgraphie

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