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À l’heure où la transition écologique devient une urgence, de nouvelles pratiques sont à mettre en œuvre. Les fondations et la base de l’organisation de tournées et de concerts sont à reconsidérer. L’impact de la musique sur un territoire, la formation des professionnel·les de la musique et l’ouverture à de nouveaux espaces de création ou de diffusion sont des pistes explorées par Landscape, nouveau projet porté par AJC, le Bimhuis et le Périscope. Retours sur les vues des trois porteurs du projet.

Antoine Bos / AJC
Pierre Dugelay / Périscope
Mijke Loeven & Tami Toledo Matuoka / Bimhuis

Quelles sont les raisons de votre engagement dans un projet comme Landscape ?

Périscope. Le Périscope est un
lieu de diffusion mais aussi de création. Celle-ci ne peut se faire que dans l’échange et la circulation des artistes et des œuvres, pour rendre audibles des projets venant d’ailleurs et que les projets d’ici aillent ailleurs. Quand la question écologique est devenue prégnante, nous avons voulu d’abord mieux comprendre, étudiant notre propre impact Carbone et travaillant en réseau pour avoir une vision plus étendue. À partir de là, nous avons cherché à mettre en œuvre des actions afin de préserver la circulation artistique tout en diminuant son impact.

AJC. La transition écologique est un thème récent pour AJC qui trouve sa source dans le chantier lancé par le projet européen Footprints et les bilans Carbone des neuf festivals et lieux de jazz français et européens réalisés en 2022. Si le sujet effleurait régulièrement nos réflexions et s’immisçait déjà dans nos projets, cette première pierre aura conduit le réseau à considérer la question comme importante.

Bimhuis. Nous recyclons tout, sommes passés aux éclairages LED, un millier de panneaux solaires sont installés sur le toit… En obtenant la certification BREEAM de notre bâtiment, en 2019, Muziekgebouw/ BIMHUIS est devenue l’une des institutions culturelles les plus durables d’Amsterdam. Notre engagement émane de notre volonté de considérer les problématiques écologiques à une échelle plus vaste, en incorporant des changements systématiques et en mesurant l’impact environnemental de notre public et de nos artistes.

Quelles sont vos missions dans le projet Landscape ?

AJC. AJC s’empare des questions de formation et de sensibilisation au niveau national. Pour y parvenir, nous avons construit un cycle de formations destiné aux membres du réseau leur permettant, au travers de six journées et de plusieurs webinaires, d’aborder les grands thèmes repérés dans les bilans Carbone : mobilité des publics et des artistes, sobriété énergétique, alimentation, communication… AJC conduira aussi plusieurs conférences, tables-rondes et autres formats, à destination des professionnel·les et du grand public et consacre cette nouvelle édition de Jazz Mig Mag à cette question.

Périscope. Nous organisons des sessions de sensibilisation
et de formation autour de la transition écologique auprès de professionnel·les, d’élu·es et de nos publics. Des rencontres sont organisées dans notre réseau professionnel mais aussi dans des lieux de proximité – cafés- concerts, refuges, etc. – pour échanger sur toutes les pratiques de la diffusion de la musique et penser les conditions d’une transition écologique de la musique. En parallèle, nous concevons un espace digital de formation aux questions écologiques dédié aux organisateur·rices occasionnel·les comme aux lieux labellisés.

Bimhuis. En tant qu’initiateur du projet Better Live, Bimhuis collabore avec neuf pays partenaires. Diverses institutions musicales connectées géographiquement et partageant des valeurs communes sont mises en lien dans le but de favoriser la collaboration et la co-programmation pour tendre vers des tournées plus durables. En tant que partenaire de Landscape, nos responsabilités incluent la traduction de contenus produits par des expert·es sous la supervision d’AJC, pour les rendre accessibles à un public plus large. Par ailleurs, nous conduirons une étude de la scène jazz hollandaise et de son implication environnementale.

Quelles réponses aux problématiques environnementales espérez- vous voir advenir dans votre structure, sur votre territoire ou chez vos partenaires ?

AJC. Notre engagement doit concerner autant nos adhérents que les actions que porte ou soutient AJC. Ce thème devra se diffuser au sein du réseau, pour que certain·nes se positionnent tel·les des ambassadeur·rices grâce aux formations suivies et puissent, par l’exemple comme la parole, engager un cercle vertueux au sein du monde du jazz et des musiques improvisées. Nous poursuivrons et intensifierons le travail déjà engagé pour que les tournées Jazz Migration soient plus responsables qu’elles ne le sont déjà. Au niveau international, il s’agira de maintenir le travail de slow touring et de territoire de The Bridge ou Vapaat Äänet, tandis que nos futurs projets, comme notre programme de soutien aux projets franco-européens, devront se construire en tenant cette question comme centrale.

Bimhuis. Grâce à Landscape et Better Live, nous avons pour objectif de renforcer la capacité d’action de notre groupe de travail qui s’étale de la Belgique au nord de l’Allemagne et de s’assurer de futurs changements de pratiques au sein du secteur musical. En regroupant des organisations aux états d’esprit similaires, nous cherchons à stimuler la communication et la coopération, et qu’elles perdurent au-delà de ces projets. Cette approche nous parait être une manière responsable et efficace de monter des tournées permettant aux artistes de développer des connexions plus fortes avec les territoires, de construire leur public…

Périscope. Si notre engagement est fort, notre petit lieu est loin d’avoir un impact significatif. Le secteur de la musique a, lui, un impact non négligeable. C’est là que notre implication dans Footprints et maintenant Landscape et Better Live prend son sens. Nous voudrions participer à un mouvement global de changement vers un secteur plus « artisanal » qui pourrait devenir celui de la proximité des publics et des concerts et mettrait les artistes en continuel mouvement plutôt qu’une industrie produisant de l’événementiel. Pour cela, il nous faut expérimenter, démontrer et partager avec tous les acteurs et toutes les actrices avant d’engager les politiques publiques.