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NOUT

Parrainé par : Banlieues Bleues

Dans « Nout », on peut entendre le nom de la déesse du ciel qui, dans la mythologie égyptienne, absorbe chaque soir le soleil avant de le délivrer le matin suivant. Mais on peut aussi entendre « nous », la première personne du pluriel où quand l’individu se (re)trouve dans le collectif. Chainon manquant entre Nirvana et Sun Ra, l’alliance Delphine Joussein-Rafaëlle Rinaudo-Blanche Lafuente s’applique à pousser leurs instruments dans leurs derniers retranchements, avec l’enthousiasme du savant fou devant ses fioles.

Flûte, harpe, batterie : un mélange rare que le trio met sens dessus dessous à grands coups de pédales d’effets, d’électricité ou d’électronique. Dans le sillage des expériences de John Zorn aux confins du jazz et du noise, Nout imagine ses morceaux comme de véritables scénarios à rebondissements : on se croit dans Alien et on se retrouve dans Indiana Jones ; on débute les yeux fermés sur des sièges rouges et on termine en pogo sur le dancefloor.

À l’image de la divinité sous laquelle elles se placent, Delphine Joussein, Rafaëlle Rinaudo et Blanche Lafuente aiment alterner entre jour et nuit, en architectes du temps, du tempo et des tempêtes. Intérieur jour, avec des pièces oniriques, qui serpentent autour des émotions. Extérieur nuit, à l’heure où tout est permis, avec des transes bruitistes et cathartiques.

Né d’une session impromptue de 2020, Nout ressemble au parcours de ses membres, imprégnées aussi bien par le jazz que le noise, l’électro ou la musique classique. Électrons libres gravitant autour de passionnants collectifs hexagonaux (Coax, 2035), elles ont toujours participé à des projets au carrefours des genres, flirtant avec le metal, le minimalisme ou le free, fréquentant les mondes de la danse, du théâtre ou des musiques traditionnelles. Delphine Joussein avec Boolvar, Rafaelle Rinaudo avec Ikui Doki ou Blanche Lafuente avec Qonicho Ah !: chacune des trois a l’esprit collectif chevillée à l’âme.

Car au final, ce qui rapproche ces trois inlassables « glaneuses » (pour reprendre la belle expression d’Agnès Varda), c’est l’envie, quoiqu’il arrive de jouer d’une seule voix. Une voix qui peut se faire furieuse, hypnotique, drôle, fragile ou extatique. Une voix qui prend un malin plaisir à se faire douce avant d’exploser d’un coup pour faire sursauter son monde. Bref, une voix prête à dynamiter toutes les conventions pour atteindre cet obscur objet du désir qu’est la liberté.

Texte : Mathieu Durand

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