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Le quatuor Machat, à l'AJMI

Tourner ? La base du métier. Pourtant, ces trois dernières années, un nouvel acteur s’est invité dans les dossiers de prod’ et de diff’ : le changement climatique. L’éco-responsabilité est venue apporter de nouvelles questions au monde du jazz d’aujourd’hui, pour qu’il soit là demain. Parmi les réponses, le Slow Touring imaginé par Charles Gil dont a pu bénéficier le Quatuor Machaut.

L’empreinte carbone des tournées commence à être pesée, idée rendue soudainement concrète avec la crise sanitaire qui frappe le monde entier, et par conséquent les relations internationales. Cette question taraude sans doute davantage les groupes émergents dont la génération est plus sensible aux problématiques environnementales. Sauf à noter que certain.e.s y pensent déjà depuis un bout de temps. Charles Gil, par exemple. Français d’origine et auparavant administrateur de du collectif lyonnais ARFI, il est installé désormais en Finlande. Depuis le milieu des années 90, il gère avec son agence Vapaat äänet les échanges entre musicien.ne.s de jazz de France, de Finlande et des pays baltiques, accompagné.e.s par AJC depuis plus de 15 ans. Ses activités de promoteur du jazz l’ont amené à repenser entièrement l’organisation des tournées pour les jazz wo.men. Dans la longue liste des musiciens et musiciennes traversent Émile Parisien, Sylvaine Hélary, Théo Ceccaldi ou Vincent Courtois. On croise aussi les saxophones du Quatuor Machaut, lauréat du Jazz Migration #2. Lors de la saison 2016-2017, Quentin Biardeau, Simon Couratier, Francis Lecointe et Gabriel Lemaire ont tourné sous la houlette de Gil entre le 23 septembre et le 6 octobre 2018. 12 concerts, en Finlande, Estonie et Lettonie, chroniqués en temps réel par le groupe.

L’aéronautique, c’est pas automatique. Premier suspect dans le collimateur, l’avion. Les trajets aéroportés sont réduits au strict minimum : le nécessaire aller- retour entre la Scandinavie et l’Europe continentale. Une fois les musicien.ne.s sur place, c’est toute la logistique entre les dates qui est repensée et planifiée pour généraliser les petits déplacements et permettre la réalisation des parcours en route, en train et en bateau. La tournée très riche en dates fut fatigante pour les musicien.ne.s, mais pour Quentin Biardeau, directeur artistique du crew, le fait que Charles Gil gère l’organisation de A à Z est une expérience qui a pu permettre au quatuor de ne se consacrer qu’à la musique : « Une fois monté dans l’avion, c’est lui qui gérait ». Lâcher- prise d’autant plus rare pour les groupes émergents. Pour Charles Gil, la réorganisation de la tournée pour limiter l’incidence écologique génère un triple bénéfice. Artistique, d’abord, avec les petites distances qui favorisent la multiplication des concerts ou d’ateliers dans la demi-journée. Humain, ensuite, les artistes devenant moins fatigué.e.s grâce aux déplacements qui ont été raccourcis. Économique, enfin, car les trajets s’avèrent moins coûteux sans avion tout comme le choix de concerts sans sonorisation ou dans des configurations restreintes, l’adoption de formule d’hébergements moins onéreux. Il est vrai que le Quatuor Machaut s’y prêtait particulièrement bien : la formation acoustique demandait peu de moyens techniques pour le concert en mettant en jeu la configuration acoustique de certains lieux comme les églises, habituellement peu accessibles pour les concerts. Take the Green Train.

Charles Gil se réclame ici d’une réflexion qui anime globalement l’ensemble des acteur.rice.s et promoteur.rice.s européen.ne.s du jazz. En 2014, l’Europe Jazz Network (EJN) a initié, sous la forme d’un manifeste intitulé Take the Green Train, un processus visant à écologiser les méthodes et structures liées à la production et à la diffusion du jazz. En février 2016, l’EJN promeut la tournée italienne du saxophoniste anglais Evan Parker : le train a permis, selon l’organisation, de diminuer d’un tiers les émissions de CO2 qui auraient été émises pour le même trajet en avion. Bien entendu, ces initiatives restent pour le moment marginales. Mais il y a fort à parier que la nécessité d’accorder promotion du jazz et écologisation s’impose avec flagrance et continuera de le faire. La pensée et la création de dispositifs de production et de diffusion va devenir une problématique centrale dans les relations internationales. L’évidence est déjà l’apanage des groupes émergents mais devrait devenir également une préoccupation pour l’ensemble des acteur et des actrices du jazz mondial.

 

Lucas Le texier & Guillaume Malvoisin

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