29h d’avion, 32h de train, 26h de taxis, 10h de scooter, 2h de moto, 3 jours de marche, 7h de concert, 6h de workshop, 30kg de riz, de légumes et autres succulentes denrées alimentaires, 18 litres de café, 15 litres de bière, 9 litres de vin rouge, 4 anches de clarinette basse, une tonne d’amour et de réconfort pour une tournée d’un mois pleine de précieux échanges et d’inoubliables rencontres.
Jazz Gunung – Bromo, Lokananta session – Solo, Artjog Festival – Yogyakarta, Jazz Summit Festival – Jakarta, Bandung, Surabaya, Ubud Village Jazz festival à Bali, ce parcours nous a fait découvrir une scène musicale jazz et traditionnelle incroyablement puissante, portée par des musiciens et organisateurs Indonésiens d’un dynamisme exceptionnel. Un grand merci à eux, aux membres de l’Institut Français et de l’Alliance Française ainsi qu’à toute l’équipe d’AJC – Jazz Migration!

BROMO
Bromo, c’est un volcan actif et puissant (vraiment très impressionnant!) situé à 2300m d’altitude, au pied duquel s’organise depuis 17 ans un festival de jazz porté par Pat Bagas Indyatmono et toute son équipe pour un public avoisinant les 2300 personnes. La programmation y est particulièrement belle et particulièrement variée.
C’est là que commencera notre tournée en Indonésie. Nous y jouerons le 25 juillet à 21h, par 7°C dans une humidité inédite pour nous.
Petit défi pour nos doigts frigorifiés et pour mes clarinette et clarinette basse en bois avec de longues introductions improvisées (me permettant de retrouver le diapason démoli par le froid entre chaque changement d’instrument). Watchdog se retrouve ce soir là emmitouflé sous à peu près tous les vêtements qu’il possède. Le public nombreux et chaleureux nous réchauffe dès les premières notes du concert.
Bromo sera également l’occasion d’échanger avec les jeunes et talentueux musiciens et musiciennes du Jazz camp ainsi qu’avec leurs mentors, le contrebassiste Kévin Yosua et le pianiste Sri Hanuraga lors de nos deux premiers workshops. Nous découvrons l’énergie mise en place par les musiciens et les organisateurs pour défendre la scène Jazz en Indonésie par l’organisation de concerts, de festival et la création du label Seven records de Bagas Indyatmono et Arnando Putra, tout cela pour le moment sans aide des pouvoirs publics.


SOLO
Nous partons en train le 26 juillet pour Yogyakarta où Margaux Nemmouchi de l’Institut Français de Yogya a eu la bonne idée d’organiser une rencontre entre Watchdog et les musiciens du Aditya Ong 4tet au studio Lokananta de Solo. Aditya est le pianiste et compositeur du groupe. À ses côtés, Bob Laurentius à la basse, Ganggeng Yudana à la guitare et Elnoe Budiman, le jeune et talentueux batteur du groupe. Beaucoup de bienveillance et beaucoup d’écoute pendant cette session d’enregistrement public. Nous jouerons 3 compositions d’Aditya et 3 compositions de Watchdog en 6tet. Le lieu est incroyablement grand car conçu dès l’origine pour permettre l’enregistrement de tout un Gamelan. Beaucoup de bois, ça sonne vraiment très bien. C’est un lieu historique appartenant à l’état (le seul en Indonésie), et qui après avoir été un studio d’enregistrement, s’est transformé en instrument de propagande durant les années de dictature puis en instrument de résistance et de témoignage de cette sombre période tout en retrouvant sa fonction première, l’enregistrement et la production musicale. Nous trouvons le temps de visiter le musée attenant au studio accompagné par le responsable de la conservation.
Beaucoup d’échange avec le public à la fin du concert. Certains jeunes musiciens sont très précis et nous demandent à notre grande surprise des précisions sur les compositions de notre dernier album. Certains d’entre eux sont très jeunes et particulièrement décidés à vivre de la musique.
Un album live sortira peut-être de cette session, à l’initiative de Bagas Indyatmono. Affaire à suivre.

YOGYAKARTA
Retour le soir même à Yogyakarta pour notre concert du lendemain dans le cadre du festival Artjog. Scène en extérieur, là encore magnifique et à proximité d’énormes arbres, Banians pluri-centenaires. Longue et passionnante discussion sur le Gamelan Javanais lors de nos balances avec Reddit et Fargan qui gèrent la technique de ce concert. Ils pratiquent tout deux le Gamelan et nous expliquent comment le répertoire du Gamelan s’articule tout au long de l’année en fonction des périodes et des situations. Nous trouvons le temps de nous échapper pour profiter d’Artjog, énorme exposition d’Art contemporain, engagée politiquement et écologiquement même si boycottée cette année par un certain nombre d’artistes en raison d’une ingérence politique sur le financement du festival. Nous aurons du mal à en savoir d’avantage mais on nous explique que la ville de Yogyakarta a la particularité d’être sous la protection d’un Sultana apportant une grande liberté artistique ainsi qu’une grande liberté d’expression et un mode de pensée singulier dans cette région par rapport au reste de Java. Le concert se passe particulièrement bien, malgré le contraste incroyable que nous vivons entre ici et le précédent concert de Bromo. 25°C d’amplitude thermique et encore une fois, cette humidité redoutable qui met nos instruments à rude épreuve. La soirée se prolonge très tard en compagnie de Margaux de l’institut Français et Fadhli Zaky , vidéaste qui nous accompagnera dorénavant sur la quasi totalité de la tournée.

JAKARTA
Nous repartons tôt le lendemain pour Jakarta : 9 heures de train qui nous permettront de récupérer un peu et de profiter de paysages à couper le souffle. On a beau le savoir, la démesure de Jakarta, tant par sa densité que par sa verticalité nous assomme dès notre arrivée. Grande chance pour nous: nous logeons à 5 minutes à pieds de l’Institut Français et son auditorium dans lequel se dérouleront un 3ème Workshop et notre prochain concert. Merci encore à toute l’équipe de Jazz Summit et à l’Institut Français pour son accueil, là encore incroyable.
Nous organiserons le Workshop en alternant nos compositions et des explications sur notre musique et la manière dont nous envisageons nos compositions. Comme à Bromo, nous évoquerons également notre expérience en tant que collectif et l’intérêt de ce type d’organisation dans la défense de nos créations musicales dans le paysage artistique Français. Le public est au rendez-vous pour ce workshop, constitué d’étudiants en musique, d’artistes et d’un certain nombre Beaucoup de questions durant ces 2 heures et échanges particulièrement enrichissant sur la manière d’envisager et de défendre les musiques improvisées en France et en Indonésie. Le concert du 31 juillet dans le cadre de Jazz Summit, se déroule devant un auditorium complet. Là encore une très belle écoute et beaucoup d’échange en fin de concert même s’il est urgent pour nous de ne pas trainer pour assurer la longue journée du lendemain à Bandung avec déplacement, installation, interview et concert dans la même journée.
BANDUNG
Comme nous l’avions imaginé, la journée du 1er août ressemble bien à un marathon mais une fois de plus, l’organisation de notre venue à Bandung est parfaite. Nous rencontrons Christophe Dreyer, le directeur de l’Institut Français de Bandung ainsi que Lian qui s’occupe de l’organisation des concerts et Diane, responsable de la communication au Papandayan, Hôtel partenaire de la tournée dans lequel nous jouerons le soir même.
Nous rencontrerons également en début de soirée Bobby Renaldi, le propriétaire du lieu, passionné de jazz et qui est à l’initiative de la programmation de concerts tout au long de l’année.
Comme dans les autres villes, nous réalisons un certain nombre d’interview avant et après les balances ainsi qu’une courte interview TV juste avant de monter sur scène.
Le lendemain est une journée off. Nous oublions la fatigue et partons pour découvrir en compagnie de Fadhli , le volcan Tangkuban Prahu au nord de Bandung. Daniel, guide et ami de Christophe nous y emmène.
Il a étudié les sciences politiques, nous profitons de ses connaissances durant les 2h heures d’embouteillages qui nous séparent du volcan pour discuter avec lui des différentes transitions politiques qu’a traversé l’Indonésie entre la dictature de Suharto (qui a pris fin en 1998) et aujourd’hui.
Arrivé au Tangkuban Perahu, qui signifie littéralement « bateau renversé », nous restons interdits devant la beauté de cette merveille géologique qui culmine à 2000m d’altitude. Comme à Bromo, le volcan nous submerge par son gigantisme.
Particulièrement actif ces dernières années, l’accès à son cratère nous est interdit. Nous rejoignons donc un autre cratère voisin, le Domas. Après 45 minutes de marche à travers une forêt tropicale à la beauté surnaturelle, nous arrivons sur ce second cratère. Sources d’eau chaude, fumerolles, gouffres fumants, jaunis par le souffre, nous progressons dans ce paysage lunaire et chaotique fascinant.
SURABAYA
Nous repartons le lendemain pour rejoindre Surabaya en train, dernière étape de cette série de concerts sur l’île de Java.
Après 9h de train, nous rencontrons enfin Mme Krishna Pramenda, de l’Institut Français de Surabaya qui a pris en charge une grande partie de l’organisation de notre tournée et avec qui nous étions en contact depuis notre arrivée en Indonésie.
Nous avons été particulièrement frappé par la gentillesse des personnes que nous avons eu la chance de croiser tout au long de notre voyage mais Krishna dégage une bienveillance que nous n’avions encore jamais rencontrée.
Nous rejoignons le soir même les bureaux de radio Suarasurabaya (les voix de Surabaya) pour une émission en direct dans laquelle nous parlerons de notre musique et de notre concert du lendemain. Krishna avait évoqué avec nous cette petite radio locale. Nous apprenons qu’en réalité, cette émission sera suivie par plus de 600.000 auditeurs avec qui nous aurons le plaisir d’échanger en direct et en Français grâce au précieux talent de traductrice de Krishna.
Surabaya est la seconde ville d’Indonésie. Beaucoup moins verticale que Jakarta, ses grands axes abritent de part et d’autre de petits quartiers aux rues étroites, emplis d’arbres et de petites maisons. L’air qu’on y respire est bon.
Nous partagerons la scène du Marriott Hotel de Surabaya avec The Skuy, groupe lauréat d’un concours organisé par radio Suarasurabaya.
Le concert sera prolongé d’une longue séance photo emplie d’échange avec le public et un certain nombre d’artistes venus nous écouter.
Nous quittons Java le lendemain pour rejoindre Bali pour la dernière étape de la tournée au Ubud Village Jazz Festival.
UBUD
Denys Cennet Plachard de l’Alliance Française de Bali nous accueille à l’aéroport de Denpassar pour nous conduire à Ubud. Denis vit en Indonésie depuis 4 ans. Il vient d’obtenir son brevet d’indonésien et nous donnera énormément d’information sur ce qu’il connait de Bali et de l’Indonésie : ce qu’apporte le tourisme, ce qu’il détruit, comment s’organise la société Balinaise au sein de l’archipel Indonésien, la singularité de sa religion, l’Hindouisme Balinais…
Nous mettrons ces informations sur le tourisme en pratique durant les 2 jours off dont nous profitons à Ubud.
Les grandes artères de la ville sont en effet totalement emplies de voyageurs Australiens et Européens. Nous les évitons et nous perdons dans les petites rues magnifiques de la ville. Nous contournerons également la célèbre Monkeys Forest d’Ubud, ce qui ne nous empêchera pas de croiser ces nombreux habitants, les Macaques Crabiers, singes fascinants, à la fois drôles et inquiétants, vénérés comme animal sacré et agissant comme gardiens spirituels protégeant les vivants contre les forces malveillantes.
Nous aurons également la chance d’assister à une représentation de Gamelan Balinais (merci encore à Denys!). Même si nous connaissions la puissance de cette musique, cette performance artistique collective, véritable offrande spirituelle, nous laissera sans voix.
Nous rejoignons le 06 août le Ubud Village Jazz Festival qui s’organise en deux scènes magnifiques.
Nous avons la chance de jouer sur la scène Subak, intimiste, nichée au bord de la rivière Wos, sous un Banian pluri-centenaire. Elle représente l’écrin parfait pour y jouer demain notre musique.
L’hôtel est un partenaire important pour le festival. Le mécénat privé des hôtels et de l’ensemble des partenaires (Institut Français, société de Backline, banques, …) pallie à l’absence de soutien de l’état aux festivals de Jazz Indonésien.
Le nouveau gouvernement Indonésien semble même avoir retiré cette année les quelques subventions attribuées à la culture au profit de la mise en place d’une restauration gratuite pour les étudiants Indonésiens. Promesse électorale que déplore, d’après nos échanges, beaucoup d’acteurs de la culture mais aussi les étudiants eux même au vu de la qualité douteuse de ces repas…
Nous profitons de ce premier jour de festival et assistons entre autre au concert du 4tet Indonésien Ladju porté par le bassiste et compositeur Kristian Dharma. Belle découverte.
Découvrez l’aftermovie de la tournée
UN ENORME MERCI…
…à toute l’équipe d’AJC – Jazz Migration : Antoine Bos, Marie Persuy, David Atger et Sophie Vilain.
Merci aux équipes de l’Institut Français d’Indonésie et en particulier à Vincent Paradé et Krishna Pramenda, de l’IFI Surabaya, Margaux Nemmouchi et Devi Inta Fitriya de l’IFI Yogyakarta, Christophe Dreyer de l’IFI Bandung, Carole Meyer et Bimo Nawandana Putra de l’IFI Jakarta. Merci aussi à l’équipe de l’Alliance Française de Bali et à son directeur Denys Cennet Plachard.
Merci à tous les partenaires Indonésiens et particulièrement à Bagas Indyatmono, Chico Adhibaskara Ekananda Hindarto, Arnando Putra, Bobby Renaldi, Astrid Sulaiman et Anom Darsana, précieux défenseurs de la culture et de la scène jazz en Indonésie.
Grand merci à tous les techniciens et techniciennes qui nous ont accueillis et ont permis à nos concerts d’exister. Terima kasih Adisty, Reddit, Fargan, Ira, Agus, Joseph, Rian, Aji, Kafin, Abes, Sadewa et Guilan.
Merci aux musiciens, musiciennes rencontrés en chemins d’avoir partagé leur talent avec nous. Un remerciement tout particulier à Aditya, Bob, Ganggeng, Elnoe, Kévin et Sri.
Merci beaucoup à notre ami Fadhli Zaky, incroyable vidéaste et photographe qui a eu le courage de nous supporter pendant toute la tournée!
